Le Blog
de Christian Pousset

Le management sphérique

Published on 13 December 2011

Ma perception du management est très liée à ma vision de l’entrepreneuriat, comme création de valeur, de richesses et de liberté. Le mode de gouvernance classique, qui s’impose par le haut avec une certaine hiérarchie, peut selon moi s’avérer contraignant et réducteur. Je préfère privilégier un management plus ouvert, reposant sur des fondamentaux différents. Cette forme de management, je la décris souvent comme une forme de management sphérique.

Le management sphérique, une alternative

A l’opposé d’un management pyramidal, où les n+1 encadrent des n qui encadrent des n-1, le management sphérique est tridimensionnel. L’enjeu est de redonner toute sa dimension à l’individu. Dans une vision bidimensionnelle du management, qui va du haut vers le bas, les mouvements sont réduits : soient ils sont ascendants, soient ils sont descendants. En positionnant l’individu dans une sphère qui incarne la culture et le périmètre d’intervention de l’entreprises, les possibilités de mouvements et donc de création d’énergie sont démultipliées. Que l’on recule, que l’on monte, que l’avance, dans la 3D, si je puis dire, nous sommes toujours en mouvement !

Insuffler de l’énergie et créer des espaces

Cette vision à 360° est primordiale. Dans un monde qui change sans cesse et rapidement, cette agilité est nécessaire – d’autant plus nécessaire que la hiérarchie ne définit pas forcément une relation de supériorité en matière de compétences… Autrement dit, quand il y a une mutation importante et que l’on a besoin de l’adhésion et de la compréhension d’un grand nombre d’acteurs pour répondre à des problématiques données, le management sphérique s’avère d’autant plus efficace. L’objectif est surtout de sortir d’un schéma figé qui veut que la résolution de la problématique soit tenue par un mode hiérarchique où le supérieur décide et les autres exécutent. Ce schéma revêt des facettes stériles. A mon avis, un entrepreneur, chef d’entreprise, doit surtout être à l’impulsion de la résolution ; il doit donner l’espace nécessaire à ses équipes pour y répondre. L’enjeu est de donner de la dimension à l’entreprise, de faire grossir la sphère comme l’on souffle dans un ballon de baudruche. En clair, insuffler de l’énergie, de l’oxygène, de la vitalité – et ne pas se réduire à donner des ordres et à compartimenter les choses… L’énergie insufflée permet au fur et à mesure de créer des espaces, de l’émancipation et permet de faire germer l’envie d’évoluer, de progresser et d’inventer des directions. Evidemment, il convient de s’assurer de la bonne dimension de cette sphère. Si la sphère est trop grosse, les collaborateurs seront perdus… Il faut savoir trouver la bonne mesure. Mais l’idée est de sortir de cette vision très établie qui veut qu’une personne a besoin d’une direction figée pour qu’il puisse réaliser sa mission. Le but est avant tout de lui donner de l’espace. Donner de l’espace et non des ordres : c’est comme ca qu’on capte le meilleur des hommes. Ne pas donner une direction ou des rails, mais un espace pour que les collaborateurs puissent s’exprimer. Et plus ils ont de la potentialité, plus on peut leur laisser de l’espace…

Créer et inventer des solutions

En fait, le management sphérique, c’est reconnaître l’autre comme étant capable de créer une solution. C’est lui donner l’espace dont il a besoin pour proposer les solutions qui sont à sa mesure. Ca ne sert a rien de donner une sphère énorme à quelqu'un qui n’en exprime pas le besoin. A cet égard, le management sphérique repose avant tout sur l’intuition et l’intelligence émotionnelle et requiert une bonne connaissance de l’autre, une bonne perception de ses potentialités, de ce qu’il est capable de dégager et de repérer ses valeurs intrinsèques. En France, nous sommes encore loin d’un tel management. Je dirais même que les connaissances deviennent presque un boulet parfois, car plus on est compétent plus on fait des tâches. Plus on est compétent, plus on donne des missions et des tâches, et moins on donne de l’espace ! Dans un système de management sphérique, c’est strictement l’inverse qui se met en place. Mais tout le monde n’est pas prédestiné à avoir envie d’évoluer dans un tel système.

Un outil de développement

Repositionner la personne dans sa sphère est une première étape. C’est inviter le collaborateur à prendre la mesure de son propre potentiel ; c’est l’inviter à être dans la critique. A lui, ensuite, de rester au cœur de sa sphère et d’en explorer tous les contours. Certains progressent très vite et transpercent directement la « croûte », pour sortir de la sphère ; d’autres moins. Dans le premier cas, ce sont soit des gens qui vont sortir de l’entreprise, soit des gens qui vont se satelliser pour créer une autre sphère dans l’univers sphérique qu’incarne l’entreprise. Car l’objectif c’est un peu ça aussi du management sphérique : le patron ne peut pas tout contrôler et doit accepter que le collaborateur se crée son propre univers. Cette marge de manœuvre est un véritable outil de développement pour l’entreprise. Considérer son entreprise comme un univers sphérique et la manager comme tel, c’est en définitive, créer un esprit de liberté qui stimule la créativité de l’individu.

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