Le Blog
de Christian Pousset

Art et entreprise : une réelle complémentarité

Published on 28 March 2011

« La peinture doit servir à autre chose qu'à la peinture » Henri Matisse.

« Les chocs culturels stimulent la créativité » explique, Lyndsay Owen-Jones, CEO L'Oréal. Au-delà de l'idée de confronter des civilisations différentes, cette sentence peut aussi s'entendre comme une invitation pour les entreprises à s'intéresser aux cultures autre que l'économique dans notre société.

Deux mondes complémentaires

S'il est des différences qui semblent sauter aux yeux entre l'art et l'entreprise, il n'en reste pas moins que de singulières complémentarités sont également à prendre en compte, outre les relations de marché qui peuvent les unir.
L'œuvre d'art, comme la production économique des entreprises, incarne une vision du monde, une proposition émise par le créateur et par le dirigeant, à modifier le contenu et le regard que nous avons sur notre quotidien et notre existence. Comment comprendre sinon l'utilisation du nom Picasso pour Citröen ou la savoureuse Campbell's Soup chère à Andy Warhol, dédicace en forme d'interrogation ? Le cynisme n'est pas toujours de mise en entreprise, n'en déplaise à ses détracteurs, et l'implication réelle de nombreux groupes dans la vie sociétale relève de valeurs fondamentales différenciantes et d'une réelle culture.

Artiste et dirigeant : des créateurs en mouvement

Art et entreprise sont liées entre elles par l'action et par la vision. Comme le dirigeant, l'artiste est un homme en mouvement, occupé à fédérer des éléments divers et à transmettre sa vision. Comme l'artiste, le dirigeant est aussi un homme de conviction, conscient que son œuvre est d'assurer l'excellence et la différence qualitative de la vision qu'il représente. Et si ces parallèles peuvent être ainsi esquissés, ils permettent d'interroger la place possible de l'art en entreprise et de l'entreprise ensuite comme accompagnateur de l'œuvre d'art.

L'œuvre d'art en entreprise : un partage de valeurs

Imaginons, pour nous convaincre de la portée du déploiement d'œuvres d'art dans un collectif, ce que serait une entreprise exposant des œuvres de Francis Bacon comme le Trois études pour Henriette Moréas par exemple, visage morcelé, déchiré, viande précaire de notre identité ; ou son célèbre Trois études de figures au pied d'une crucifixion. Conçoit-on la mise en adéquation de valeurs humanistes, de partage, de développement du collaborateur alors même que son quotidien visuel serait celui de la distorsion ? Quel message recevrait les collaborateurs ?
Certes, s'il est louable par ailleurs pour l'entreprise d'éventuellement travailler à promouvoir l'école de Londres (Bacon, mais aussi Freud, Kitaj, Kossof, Andrews, Auerbach), il est plus délicat pour sa politique interne de ne pas concevoir que l'œuvre d'art dit quelque chose et que ce quelque chose impacte durablement, par petites touches, les collaborateurs.
Cette réflexion sur la transmission de valeurs inscrit l'exposition de l'œuvre d'art en entreprise, non seulement comme la volonté de communiquer un goût particulier pour ces nouveaux regards innovants que sont les œuvres, mais aussi comme lieu de réflexion sur la transmission de messages, des valeurs. L'art est un univers de partage. Vision en plusieurs dimensions d'une différence créatrice, l'œuvre renvoie aussi bien aux valeurs à partager par tous qu'au talent de chaque collaborateur.
Bien compris, l'art en entreprise aide à s'épanouir et à se développer.

S'approprier la création artistique : des expériences innovantes de team building et de développement des collaborateurs

Cette exhortation à inscrire nouvellement son action pour le collaborateur n'est pas seulement un appel à agir, et à agir bellement, pourrait-on écrire, mais bien évidemment à inscrire son développement dans le cadre du collectif de l'entreprise. Car l'art n'est pas uniquement un nouveau regard, mais la possibilité d'un regard collectif innovant. Il n'est pas anodin à ce titre de concevoir la création collective pour les RH comme un puissant vecteur d'appropriation des valeurs à émettre, tout en tissant de nouveaux liens entre les collaborateurs.
Ateliers de restitution de valeurs par l'art, expérience de street art collectif, expérience de pouring et de dripping (la technique all over de Pollock consistant à faire goutter la peinture et à superposer plusieurs nuances d'un même spectre de couleur), création de fresques, autant d'outils favorisant le team building et stimulant la créativité collective. L'art implique alors le collaborateur à la fois en qualité de spectateur par la visualisation d'œuvres d'art dans l'entreprise et dans ses supports de communication interne et externe, mais aussi comme acteur lorsqu'il prend conscience de sa capacité créatrice.
Une capacité toujours collective autour des valeurs, des messages du groupe permettant à chacun d'être mis en valeur dans sa dimension humaine et artistique.

Du mécénat à l'innovation

Partant de ces données de compréhension des mécaniques artistiques, il est encore plus possible de mener ensuite une politique de mécénat accompagnée et portée par tous les collaborateurs. L'utilisation ainsi du monde artistique, des œuvres d'art, n'est pas un effet de communication mais un levier RH susceptible d'aider à décliner une réelle culture d'entreprise et à développer de nouvelles best practices inter et intra services.
« La peinture doit servir à autre chose qu'à la peinture » livrait Matisse. Rien n'interdit de croire qu'elle favorise le beau parmi les hommes et le goût de la créativité et de l'innovation.

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