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Le Blog de Christian Pousset

Il n'y a pas de plus grandes richesses que l'homme

 
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La popularité est-elle soluble dans la sincérité ?

Le 17 juin 2010

Plaire à tout prix à ceux qui nous écoutent est une inclinaison que partagent nombre d'orateurs pour qui la notoriété est une exigence, leur moyen afin d'exister pleinement.
L'exposition de soi est une démarche singulière que je ne souhaite ni condamner, ni adouber, juste cerner…Car enfin, ceux qui s'exposent et cherchent l'assentiment général sont aussi ceux qui agissent !
La tentation est grande ici de s'attarder sur le cas des hommes et des femmes politiques qui, devant la nature implacable de leurs enjeux électoraux, doivent souvent abdiquer une part de leur liberté individuelle, surveiller leur langage, calibrer leurs réponses et ne peuvent exprimer franc et haut la teneur de leurs véritables pensées…
Enfin, presque tous, car il en reste quelques uns qui préfèrent défendre leur idées, au risque de déplaire et d'en pâtir politiquement plutôt que de flatter une opinion paresseuse…
Mais qu'est-ce réellement que la sincérité ? Est-ce la vérité, est-ce une attitude, est-ce un leurre ? Entre vertu philosophique et risque pratique, voici, en quelques idées, le cheminement de ma pensée.

La sincérité, évolution linguistique, thème littéraire et véritable enjeu de réflexion

Du latin sincerus, le terme « sincérité » était utilisé à l'origine au sens littéral du mot, c'est-à-dire pour désigner ce qui est « propre, sain, pur ».
Le grand critique littéraire américain Lionel Trilling affirmait dans son ouvrage « Sincerity and Authenticity » que l'on pouvait également le rapprocher de la locution latine sin cera, c'est-à-dire « sans cire » et qui désigne des objets n'ayant ni été réparés, ni recouverts.
On comprend donc, quelle que soit la signification choisie, que le terme « sincérité » n'avait à l'origine aucune connotation morale et s'appliquait aux choses matérielles et immatérielles (« un vin sincère, non altéré » mais aussi « une doctrine sincère, non falsifiée ».)
L'adjectif « sincère » s'applique aux hommes afin d'en désigner la qualité à partir du XVIème siècle. Un homme sincère est celui qui mène une vie saine, pure.
Puis le sens s'affine et s'affirme en désignant une absence de dissimulation, ce que Lionel Trilling impute à un assouplissement des structures sociales au XVIème siècle.
Ainsi ce premier glissement sémantique serait-il lié à l'apparition d'une certaine mobilité sociale au sein du système monarchique où la flatterie devient un moyen d'ascension sociale.
La parole devient ainsi un enjeu complexe, et sert aussi bien à dire le vrai qu'à le dissimuler pour plaire. L'idée du mensonge et de la trahison généralisés existe depuis l'Antiquité mais c'est bien la modernité qui a opéré un glissement sémantique jusqu'à la signification actuelle du mot « sincérité ».
Aristote affirmait d'ailleurs qu'est sincère « l'homme qui reconnaît l'existence de ses qualités propres, sans rien n'y ajouter ni retrancher. » (Ethique à Nicomaque).

Ainsi que le souligne la chercheuse Caroline L.Mineau dans son analyse de la notion de sincérité dans l'œuvre de Rousseau, c'est à partir du XVIème siècle qu'apparaît la préoccupation du jeu des apparences dans les rapports sociaux. Une attitude qui détermine des enjeux moraux que nous connaissons toujours au sein de nos polémiques quotidiennes…
Sont consacrés les enjeux de la sincérité qui stigmatisent le jeu d'apparences trompeuses destinées à remporter tous les suffrages. Surgissent immédiatement dans nos références le Tartuffe ou le Misanthrope de Molière au nombre des oeuvres qui ont critiqué cet idéal mondain, centré sur la recherche d'une popularité au sein des cercles à la mode.
Car la flatterie était destinée à adoucir les relations, la vérité brute étant jugée comme une rugueuse impolitesse.
Artificialité doucereuse contre candeur vertueuse… Hélas, cette époque a encouragé bien plus des manières agréables dénuées de fondement moral plutôt que de reconnaître la vertu d'actes engagés ainsi que le mérite personnel.
Rousseau a vivement critiqué cette dérive et ses paroles rencontrent un écho significatif de nos jours où la vérité n'est pas toujours accueillie comme elle devrait l'être :
« Qu'il serait doux de vivre parmi nous, si la contenance extérieure était toujours l'image des dispositions du cœur, si la décence était la vertu, si nos maximes nous servaient de règles, si la véritable philosophie était inséparable du titre de philosophe ! » (Discours sur la science et les arts)

La sincérité, la franchise et la popularité. Un trio complexe.

Lorsque j'ai annoncé dans mon intitulé que je souhaitais réfléchir sur la notion de sincérité corrélée, ou pas, à un état de « popularité », je n'avais pas réalisé à quel point la notion de sincérité était prépondérante dans ce duo.
Etre populaire n'est ici que la conséquence d'une parole formulée selon telle ou telle problématique, la résultante d'une attitude le plus souvent adoptée dans l'adversité.

On ne peut percevoir la véritable sincérité lorsque la partie est trop facile.
Les hommes politiques, par exemple, ne se dévoilent pas lorsqu'ils s'identifient à des causes sans adversaire légitime. Personne pour contredire la lutte contre l'exclusion, la sécurité des citoyens ou la défense des intérêts nationaux… Liberté, égalité, justice et solidarité sont des notions fluides qui rallient des interprétations diverses et consensuelles.
Non, décidément il s'impose, à la lumière des débats récents sur les retraites et autres sujets « qui fâchent », que le principe de séduction politique devient plus problématique et que l'enjeu de la sincérité est absolument central.
Car enfin, si être sincère c'est ne rien dissimuler et énoncer la vérité au risque d'être impopulaire, c'est bien de moralité dont nous parlons ici.
Lorsque l'on se réfère à L'Encyclopédie (première publication de 1765), l'ouvrage insiste sur la définition de la sincérité comme « expression de la vérité » et « vertu précieuse dans le commerce de la vie, qui empêche de parler autrement qu'on ne pense ».
La sincérité y est distinguée de la notion de « franchise » qui est décrite comme « une des nuances de vérité des caractères (…) une qualité qui fait parler comme on pense ».
On trouve donc d'un côté une vertu acquise et de l'autre une forme de qualité naturelle. Et bien sûr , c'est la sincérité qui concentre toutes les vertus en matière d'expression de la vérité alors que la franchise peut aisément dériver vers une candeur indiscrète.
La sincérité est au-delà des mots, elle est une ouverture du cœur et, si elle ne dit pas tout et construit son argumentation, ce n'est pas dans un esprit de dissimulation mais dans l'espoir de convaincre.
La sincérité n'est de toute pas façon la voie de la facilité et, tout comme Rousseau en fit le choix difficile en son temps, ceux qui font montre de transparence et de pragmatisme aujourd'hui courent le risque majeur de l'impopularité.

Car s'il est vertueux et difficile d'être sincère, surtout en politique où les fins électorales enjoignent à la séduction facile, le risque du rejet s'impose et menace la position de celui que s'est exposé, voire l'élimine de son champ d'action…
Dire que nous n'avons pas le choix quant au recul de l'âge de la retraite en France est un simple constat de bon sens. Pourtant partis politique et opinion publique se divisent violemment sur ce sujet rugueux…
Fallait-il être sincère et dire, en son temps, au peuple que la réforme était inéluctable, même si elle témoigne de difficultés angoissantes ? Oui, je le pense profondément car la dissimulation de la vérité provoque, un jour ou l'autre, un revirement douloureux des situations.
Le désir de reconnaissance est au principe même de l'engagement politique de ceux qui ont choisi d'agir pour le bien commun mais aussi, et c'est là où l'ambiguïté s'installe, pour jouir d'une certaine notoriété.
Cependant, le désir de popularité ne doit pas se muer en cécité ou servir uniquement des fins électorales. La vérité doit être énoncée en temps et en heure, loin de toute attitude « courtisane ». Cela vaut pour la vie publique comme pour la gestion manageriale.
Gardons l'espoir que des convictions affirmées avec sincérité peuvent aussi rencontrer l'adhésion même si elles annoncent une réalité que personne n'aurait souhaité connaître. La sincérité donc, comme gage de maturité…

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Le travail des seniors, ou l'avenir des travailleurs dans la force de l'âge !

Le 16 juin 2010

Alors même que nous nous sommes penchés sur la corrélation des notions de sincérité et de popularité, il s'impose à moi d'aborder le débat actuel sur la réforme des retraites. Une problématique qui questionne, évidemment, frontalement l'avenir professionnel des collaborateurs les plus âgés.

Je souhaite ainsi, dans les propos qui suivent, centrer ma réflexion sur la nécessité de trouver une place réelle aux seniors dans l'entreprise.

Mes conseils ne seront pas distillés selon le canevas habituel mais auront, je l'espère, pour effet de susciter des questionnements, voire des débats féconds sur ce sujet urgent.

Car en ces temps bousculés, il se dit tout et n'importe quoi au mépris de réalités démographiques, biologiques et entrepreneuriales. L'emploi des seniors semble faire peur, voire même embarrasser les Directions des Ressources Humaines et les managers qui ont une tendance naturelle à davantage traiter le sujet des autres personnes concernées par la Diversité, à savoir les femmes, les handicapés et les minorités visibles.

Alors voici quelques pistes de réflexions que je vous invite à découvrir, vous qui recevez en entretien un candidat de plus de 50 ans ou bien vous, qui allez défendre votre cause devant un manager peut-être réticent à embaucher quelqu'un d'âge mûr.

A défaut de « recettes », les indications et informations qui suivent vous donneront de la confiance et des arguments valables quant à l'inéluctabilité du travail des seniors.

Les seniors plus jeunes, plus longtemps : une réalité biologique

En préambule à toute considération, une réalité biologique : nous allons vivre vieux, très vieux. Et ce dans un avenir plus proche qu'on ne le croit…

Tout indique que l'espérance de vie sera, dans quelques générations à peine, de 120 à 140 ans ! Cette perspective vertigineuse est formulée par les biologistes et scientifiques les plus compétents qui tablent, grâce à la combinaison de la nutrition, du sport, de la gestion du stress et de l'intérêt porté à ce que l'on fait, sur un ralentissement du vieillissement assez spectaculaire.

Le biologiste Joël de Rosnay, auteur d'un ouvrage récent « Et l'homme créa la vie », avance ainsi qu'un enfant né aujourd'hui a une chance sur deux d'être centenaire !

Etant donné qu'aujourd'hui on gagne un trimestre de vie par an, on a ainsi gagné entre 2000 et 2010, 4 ans d'espérance de vie.

Une femme qui prenait sa retraite à 60 ans il y a 50 ans de cela avait 5 ans d'espérance de vie, contre 28 ans aujourd'hui !

Autant de chiffres et de statistiques qui prouvent, indubitablement, que la donne a changé, que l'on vit en bonne forme beaucoup plus longtemps.

Ainsi, la question du travail des seniors devient-elle, à la lumière de ces changements, centrale et totalement légitimée par la « longueur » nouvelle de la jeunesse, ou, exprimé différemment, le ralentissement du vieillissement.

L'exception française : un retard facheux...

Quoi qu'il en soit, la France est à la traîne et ferait mieux de prendre exemple sur les pays nordiques qui ont su anticiper ce fameux « papy-boom » et optimiser les compétences des plus âgés.

Ainsi, en Suède, 62 % des 60-64 ans sont actifs contre seulement 15 % en France.

De même qu'en Finlande, un « Programme quinquennal pour l'emploi des salariés âgés » a été engagé entre 1998 et 2002 et a permis de développer au sein des entreprises un type de management adapté aux seniors avec des politiques de formation généralisées.

Concernant la France, les chiffres sont peu encourageants et indiquent que par rapport au reste de l'Europe, nous sommes ceux qui commençons à travailler le plus tard et où l'on s'arrête le plus tôt.

Mise en cause, une certaine vision malthusienne du travail où l'on envisagerait le « gâteau » de l'emploi comme une entité fixe dont on découpe les tranches sans que jamais sa taille ne fluctue. Les seniors, dans ce type de vision erronée, apparaissent, à tort, comme une charge et comme les « pilleurs » potentiels des emplois destinés aux jeunes.

Faux, archifaux ! Sachez que selon l'OCDE, les statistiques mondiales démontrent même que les plus âgés qui travaillent créent des flux économiques qui, eux-mêmes, engendrent des poches d'emploi pour les plus jeunes.

Le management des seniors ne doit ainsi pas être perçu comme une œuvre de bienfaisance pour la seule et bonne raison que l'emploi des plus de 55 ans va devenir d'ici peu un impératif. En effet, dans nos sociétés vieillissantes dont le déclin démographique est avéré, une génération va partir massivement à la retraite alors que nous connaissons une « pénurie » de jeunes. Les plus âgés vont devoir prolonger leurs carrières, c'est une obligation !

Plus encore, et au-delà de cet état des lieux démographique, c'est dans une perspective anthropologique que l'on perçoit l'intérêt de la place des seniors dans l'entreprise. En effet, et quelles que soient les civilisations, le récit des réussites et des épreuves qu'ont connu les anciens a toujours été source de motivation pour les plus jeunes générations. A titre d'exemplarité ou bien prises comme une incitation à les surpasser, ces « histoires initiatiques » exposent avec efficacité les risques et les solutions, les bonnes pratiques et les pièges. L'entreprise doit s'inspirer de ces récurrences sociétales et valoriser l'expérience des seniors dans un but « énergétique ».

Les seniors dans l'entreprise : l'enjeu et la gène

Des études l'ont démontré entre 1970 et 1990 en France et en Angleterre, les employeurs ont un discours ambivalent vis-à-vis de l'emploi des seniors.

D'un côté, ils se méfient de leur attitude rétive face au changement et, toutes proportions gardées, d'une baisse de leurs aptitudes physiques, mais de l'autre, ils apprécient leur expérience, leur productivité, un turn-over limité et, surtout, leur fiabilité.

Les managers doivent cependant garder à l'esprit l'idée que même si les performances des seniors sont différentes à appréhender, elles n'en sont pas moins précieuses et source de gain de temps…

L'expérience professionnelle joue ainsi un rôle décisif dans ce que l'on désigne comme étant des stratégies de contournement de la pénibilité et de compensation pour réaliser une tâche. Combinée avec l'expérience de soi-même, la connaissance acquise par un collaborateur senior lui permet de traiter les problèmes plus vite et mieux. Il préserve ainsi sa santé en gagnant du temps tout en profitant à l'entreprise !

Mais le management des seniors n'est pas la simple mise en conserve de leur savoir et de leur expérience, il doit constituer la trame d'un nouveau tissu entrepreneurial où leurs richesses s'inscrivent dans une dynamique de renouvellement. Les seniors, grâce à leurs connaissances et à leur adaptabilité, doivent servir à créer de nouvelles formes entrepreneuriales, et non pas à figer une organisation déjà existante et potentiellement obsolète.

La connaissance en tant que mise en acte des savoirs (compréhension), mise en situation des informations (interprétation) et mise en contact des personnes (relation) peut ainsi devenir le terrain de prédilection des seniors qui, en transmettant leur savoir, insufflent une vitalité essentielle. A l'image d'une forme de renouvellement cellulaire, la transmission de l'expérience des seniors peut restaurer le tissu entrepreneurial et déboucher ainsi sur une réelle dynamique.

Cependant, un environnement mal adapté peut dévaloriser un senior et créer un ressenti négatif, proche de l'identité d'un « vieux travailleur »… D'où la volonté des seniors de quitter le monde du travail pour convertir ce sentiment négatif en statut valorisant de « jeune retraité »…

La solution se trouve du côté des Ressources Humaines qui doivent mettre en œuvre des formes d'intervention dans les entreprises propres à offrir aux seniors une véritable fonction.

Par exemple, le tutorat et le mentoring peuvent être envisagés à l'image de ce qui existe dans les secteurs de la Banque et de l'Assurance qui ont su formaliser la place des seniors dans leurs structures.

A nous, managers, de prolonger la vie professionnelle des seniors en répartissant les tâches entre plus jeunes et plus âgés de façon à optimiser les conditions et l'organisation du travail, la gestion des apprentissages et des parcours professionnels.

Plusieurs chantiers concernant les seniors peuvent ainsi être initiés par les directions des ressources humaines des entreprises : le management des compétences, la gestion et la flexibilité des salaires, l'organisation du travail (temps partiel, télétravail, temps partagé) ainsi que la nécessaire évolution des mentalités.

Aujourd'hui, avoir 55 ans ne signifie plus que l'on est en fin de carrière car si l'on estime à plus de 40 années l'expérience d'un salarié en fin de carrière et, tenant compte que plus de 600 000 baby-boomers partiront à la retraite dans la décennie à venir, on peut affirmer que plus de 240 millions d'années d‘expérience seront définitivement perdues ! Perspective vertigineuse qu'il convient de contrarier en considérant le travail des seniors non plus comme un problème, mais comme un enjeu vital !

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Le Principe de précaution en question. l'expression d'une attitude courageuse ou bien d'un populisme dangereux ?

Le 05 mai 2010« Je crois tout ce que je crains » Julie de Lespinasse (1732-1776)

Impossible d'échapper à sa problématique tant elle a dernièrement envahi les médias, alimenté les conversations, suscité la polémique… L'illustre principe de précaution est devenu omniprésent, brandi à longueur d'interviews de politiques ou d'experts. Comment ce principe, relativement nouveau dans notre civilisation, est-il devenu l'arbitre de nombre de crises qui nous agitent ? Les caprices volcaniques islandais et son nuage paralysant la moitié de la planète, une grippe mexicaine devenue en peu de temps un motif de terreur internationale, l'avènement d'OGM décriés, voire diabolisés par certains qui prédisent la fin de tout et le début d'un chaos écologique…. On ne compte plus les sujets brûlants où les précautionnistes donnent de la voix et prônent un retour à la Nature-reine en opposition aux progrès scientifiques. D'autres s'insurgent contre cette incitation à la paralysie et dénoncent ce nouvel obscurantisme écolo qui diabolise les sciences et rend suspecte l'idée même de progrès.

Qu'en-est il de ce combat souvent manichéen entre les « pour » et les « contre » ?

Cette réflexion m'a mené, à ma grande surprise, à reconsidérer la presque totalité des sujets abordés précédemment dans ce blog. Du courage à l'autorité, en passant par l'intérêt général et les stigmates d'une société qui a peur, tout ce qui a pu captiver mon attention au préalable m'a finalement aidé à mieux cerner les contours, les bienfaits comme les dérives de ce principe de précaution qui envahit l'espace public et soulève des débats essentiels.

Une loi récente, des applications multiples, un concept pérenne.

Défini par la loi Barnier en 1995, le principe de précaution est un concept consécutif à une volonté de renforcement de la protection de l'environnement et qui précise clairement que « l'absence de certitude, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées, visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement, à un coût économiquement acceptable. »

Chaque terme de cet énoncé est important et rencontre un écho significatif au regard de l'actualité de ces dernières semaines, voire de ce dernier semestre qui a vu s'étendre ce principe à des décisions de santé publique.

En effet, en matière de « coût économiquement acceptable », que penser de la paralysie aérienne dont on sait qu'elle a coûté des milliards d'euros à une économie déjà fragilisée par la crise ? Et comment ne pas s'interroger sur les quelque 90 millions de doses de vaccin qui se sont finalement avérés en surnombre (10 millions seulement ont été utilisés cet hiver pour lutter contre la grippe H1N1), alors que l'OMS fait actuellement son mea culpa sur cet affolement injustifié sans précédent et totalement ruineux…. ? Autant d'exemples récents et brûlants qui stigmatisent un principe de précaution le plus souvent « hypertrophié », onéreux et discutable…

Cependant, l'affaire n'est ni simple, ni univoque et la réversibilité des situations place ce concept précautionneux tantôt en principe loué et réclamé, tantôt en décision arbitraire et inutile…

La paternité de ce principe est communément attribuée à Hans Jonas (1903-1993), philosophe allemand qui ,à la fin des années 1970, a développé son œuvre principale, « Le Principe Responsabilité ». S'appuyant sur une nouvelle éthique de l'âge technique, il a ainsi fondé l'impératif que l'homme doit protéger son existence coûte que coûte et donc doit conséquemment interdire toute technologie qui comporte un risque, aussi improbable ou infime soit-il, de détruire l'humanité. Inutile de préciser que l'immense succès de sa philosophie, surtout en Allemagne, a servi la cause de ceux qui condamnent sciences et technologie d'un bloc, même si Jonas lui-même se défendait de prôner une position aussi radicale.

Principe de précaution : la paralysie nécessaire ou l'expression inquiétante d'une nouvelle voie ?

A l'heure où je ne sais que penser du principe de précaution, c'est-à-dire s'il faut l'encourager ou bien l'envisager avec inquiétude, j'ai choisi de me pencher sur les travaux de divers sociologues et philosophes qui, m'exposant leurs avis tranchés sur la question, ont pu m'éclairer dans ce débat on ne peut plus actuel.

D'un côté donc, ceux qui estiment que le principe de précaution, s'il n'est pas vain en soi, est actuellement utilisé à des fins condamnables. Derrière ce concept, s'exprimerait une croisade anti-scientifique, voire anti-libérale. Au nom de la protection de l'environnement et de la préservation de l'homme, il y aurait ainsi un projet politique radical ennemi d'une idéologie du progrès, opposé à une société du risque nourrie par une tendance actuelle à suspecter de tous les maux la science et les savants.

En clair, les hommes ont détraqué la bonne marche du monde, ont défié la nature et il convient de sacraliser une exigence ultra-sécuritaire afin d'espérer restaurer un équilibre perdu. Lutte contre les OGM, contre le réchauffement climatique ou les lignes haute-tension, on ne compte plus les combats actuels menés avec véhémence et conviction par celles et ceux qui font de ces avancées technologiques des dangers absolus.

Nous sommes, en quelque sorte, entrés de plein pied dans une ère anti-prométhéenne en ce sens que toute idée d'invention technologique, d'industrie innovante est jugée suspecte, mortifère. Et pour cause, la vache folle, le sang contaminé ou l'explosion de l'usine AZF toulousaine sont venus corroborer ces théories précautionnistes. Pour ces partisans de la décroissance et du retour à la Nature-reine, Prométhée, en volant le feu et en introduisant la technologie chez les hommes, a défié un ordre naturel désormais durablement bouleversé….

Et pourtant, même si certains arguments ont du poids, cette idée de « danger de progrès » n'est ni séduisante, ni très rationnelle à mes yeux. Car enfin, où en serions-nous sans la science ? Comment ne pas se féliciter des miracles accomplis en particulier au XXème siècle en matière de santé, de recul de la mortalité, de confort de vie ? Si l'on veut bien y voir de plus près, les centrales nucléaires polluent moins que le charbon, et les OGM vont sûrement permettre de nourrir les quelque 9 milliards d'individus qui peuplent la planète en utilisant moins de pesticides. Il ne faut pas confondre prudence et inertie. Si un contrôle et une surveillance sont nécessaires en matière d'avancées scientifiques ou technologiques, on ne peut condamner le progrès de façon univoque.

Mais force est de constater que nous vivons une époque qui entretient un préjugé collectif anti-science même lorsque rien ne vient prouver la dangerosité de ce qui est incriminé. Il est souvent acquis qu'au non d'un principe de précaution généralisé, il faille se méfier de tout ce qui est nouveau, même lorsqu'aucune preuve n'est apportée de l'influence néfaste d'un produit ou d'une méthode nouvelle. Il en va ainsi de légendes urbaines qui affirment que l'aspartam est cancérigène, que les OGM sont tous dangereux, etc… L'on assiste à un phénomène de « croyance » populaire, qui s'appuie sur une théorie du complot permanent. Les industries, le capitalisme seraient ainsi ligués dans une volonté de profit sans scrupules, quitte à sacrifier les hommes et la planète…

De la vigilance à l'expression populiste, il n'y a qu'un pas que certains écologistes radicaux et catastrophistes ne cessent de franchir…

J'estime pour ma part, que la « Mère Nature » n'est pas une entité sacralisée, mysticisée et parfaite. Et je n'oublie pas qu'elle a, en son temps et en l'absence de sciences, ravagé la communauté des hommes à grand renfort d'épidémies de peste, de choléra et autres fléaux !

L'homme ne « viole » pas la Nature par ses actions techniques et je m'inquiète de ces dérives radicales qui, brandissant un principe de précaution à tout va, veulent empêcher ingénieurs et savants d'inventer ce qui nous sauvera peut-être demain.

On le sait, grâce à nombre d'études neuro-psychologiques, la pente naturelle de l'esprit humain est de dramatiser les risques, de démultiplier les probabilités de catastrophes au-delà de toute rationalité. Nous sommes ainsi tous peu aptes à recevoir avec aisance un discours scientifique complexe, qui met le plus souvent en évidence une pluri-causalité difficile à comprendre. Peu enclins naturellement à ces gymnastiques intellectuelles, les hommes vont en général plus spontanément vers des solutions simplifiées et qui flattent ainsi une idéologie précautionniste utile à des fins de blocage généralisé.

En l'absence de preuves, le commun des mortels choisira toujours à tort l'adage populaire qui stipule qu'il n'y a pas de fumée sans feu.

« Cette avarice cognitive nous conduit souvent à endosser des énoncés douteux mais relativement convaincants parce que sur nombre de sujets, nous n'avons pas la motivation pour devenir des individus qui savent et nous nous contentons de croire. » ( L'inquiétant principe de précaution, G.Bronner et E.Géhin, 2010).

Alors que penser, finalement, de l'utilité ou de la nocivité de ce fameux principe de précaution dès lors que l'on en a envisagé les soubassements et l'utilisation récurrente ? L'on peut affirmer sans détours, qu'il est un dispositif dont les médias se nourrissent plutôt qu'ils ne l'interrogent et qu'il sert des intuitions séduisantes mais trompeuses qui se concentrent plus sur les coûts que sur les bénéfices, surestiment les faibles probabilités, préfèrent l'inaction dans le doute…

Cependant, par-delà cette tendance conformiste et frileuse, existe une voie qui permettrait enfin d'utiliser le principe de précaution à bon escient et non pas pour servir une idéologie dressée poing levé contre les avancées scientifiques.

Ce principe pourrait être ainsi un véritable dispositif d'échange, de dialogue, qui, loin d'engendrer le gaspillage inconsidéré de fortunes, restaurerait une confiance en la science au lieu de célébrer l'ignorance.

Cette attitude équivaudrait à réhabiliter une notion qui m'est chère, celle du courage de dire la vérité quoi qu'il en soit. Il faut certes tout dire, mais de façon éclairée, même seul contre tous. C'est là que l'on peut faire montre de précaution avec justesse et courage, non pas en relayant une peur irrationnelle mais en s'attachant à dire le Vrai. « Le dire vrai n'est donc pas un dire sur tout et n'importe quoi. Il est normatif et non permissif. Il renvoie à des critères spécifiques, sinon il est le dire de la doxa, populiste, tout-puissant et infantile. Un dire fantasmatique qui disloque la cité. » ( La fin du courage, Cynthia Fleury, 2010).

A nous de nous aider des sciences et du progrès pour enfin formuler une vérité, empreinte de précaution ou pas, mais qui soit légitime.

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Les Femmes, le travail et le pouvoir.

Le 21 avril 2010

Est-ce parce qu'une femme compétente et incarnant beaucoup des vertus de la modernité vient de rallier les rangs de Christian Pousset & Partners ? Ou bien est-ce la récurrence de réflexions et d'attitudes rencontrées au gré de mes collaborations professionnelles avec des femmes se consacrant à des missions de la plus importance ?

En tout cas, une certitude s'impose à moi, loin de toute démagogie : je suis admiratif devant beaucoup de femmes de tête qui savent aujourd'hui tirer parti des acquis féministes tout en exerçant avec discernement leur pouvoir décisionnaire et en exploitant avec efficacité leurs compétences.

Les femmes, à défaut de détenir le pouvoir à égalité avec les hommes, ont battu en brèche les tabous sociétaux et la main mise patriarcale qui leur barraient la route.

Nombre d'entre elles ont été nommées à des postes stratégiques (ministères, conseils d'administrations, directions de groupe ou d'entreprise…) et ont acquis une visibilité essentielle.

Elles sont aujourd'hui pour beaucoup d'entre elles aux portes du pouvoir et je souhaite, avec sincérité et impatience, constater leurs conquêtes et partager des missions professionnelles d'envergure !

Survol des fondations du féminisme

L'assujettissement des femmes a été, on le sait, millénaire. Vouées à la maternité, exclues de la citoyenneté, enfermées dans le quotidien d'un foyer sclérosant et éloignées de toute instruction, les femmes ont enfin connu une spectaculaire et salutaire émancipation au début du XXe siècle et véritablement accomplie depuis les années 1970.

Elles ont ainsi su se libérer avec courage et pugnacité du fameux « triptyque du christianisme » qui les a trop longtemps reléguées à un rôle de bonne épouse (Eve), mère de ses enfants (Marie) et bonne paroissienne (hagiographie des Saintes). On le voit ensuite dans la profusion de peintures allégoriques, le XIXe siècle a récupéré l'idée de la femme, au sens platonicien du terme, et a illustré un pouvoir patriarcal triomphant assorti de son esprit nationaliste et belligérant.

La féminité ainsi « cadenassée » ne pouvait pas prétendre à grand chose d'édifiant en terme d'ascension professionnelle et d'élévation dans les rangs de la société…

Heureusement, des femmes ont su prendre la parole et exprimer leur révolte. Le mouvement féministe traditionnel s'est construit autour d'une pensée égalitariste à travers laquelle les femmes revendiquaient une égalité de droits avec les hommes en termes de citoyenneté, de justice et plus largement d'intelligence. Droit au travail, aux études, au vote… Courant dominant en France, incarné légendairement par Simone de Beauvoir et son « Deuxième Sexe », l'idée fondatrice de ce mouvement est que la féminité résulte de la société, qu'elle la fabrique de toute pièces : « on ne naît pas femme, on le devient. »

L'autre théorie féministe, dite différentialiste, contestait la psychanalyse en tant que bastion impérialiste et patriarcal aux mains des hommes. Affirmant une différence de nature entre les hommes et les femmes, ce courant représenté par la linguiste Luce Irigaray et les écrivains Julia Kristeva et Hélène Cixous, a rencontré un écho significatif aux Etats-Unis sous le nom de « French Feminism ».

La pensée des femmes a ainsi trouvé dans les années 1970 le moyen de s'exprimer haut et fort, soutenant et théorisant ainsi le versant concret de leur libération. Car enfin, les femmes ont pu changer de vie, soulignons-le avec force, grâce à la révolution des mœurs des années 1960, puis à la légalisation de la contraception (loi Neuwirth 1967) et, enfin, au droit à l'avortement (1975).

Trilogie essentielle que ces trois conquêtes qui, aujourd'hui encore, leur permettent de travailler et de ne pas subir ce « destin biologique » qui a tant freiné leurs aînées.

Et aujourd'hui ? Le post-féminisme en question.

Depuis les années 1960, c'est un fait avéré que l'augmentation de la population active a été due à la progression de l'activité des femmes. Elles sont aujourd'hui 47% de femmes actives en France où quatre femmes sur cinq en âge de travailler occupent un emploi. Elles ont conquis les universités, et ont surtout investi des filières qui étaient autrefois des fiefs masculins. Je me sens fier d'appartenir à une génération où les femmes sont enfin médecins, avocates, biologistes ou cadre de direction !

Il existe d'ailleurs un « French women paradox » qui place les Françaises en tête de la fécondité européenne tout en comptant un des plus fort taux d'activité. Alors qu'en Allemagne, en Italie ou au Japon, les taux de fécondité s'écroulent littéralement car les femmes doivent choisir entre carrière professionnelle et maternité, la France préserve le statut des mères au travail en privilégiant un système scolaire efficace (l'école maternelle dès 3 ans) et plus généralement des politiques familiales conséquentes (3,8% du PIB en aides fiscales et autres congés parentaux).

Elisabeth Badinter, célèbre pour sa pensée féministe éclairée, le précisait déjà dans son opus « l'Amour en plus » en 1980 : « En France, le modèle idéal féminin est loin de s'épuiser dans la maternité (…) En ce début de XXIe siècle, la majorité des Françaises restent attachées à la trilogie des rôles : conjugal, maternel et professionnel. Pour elles, la maternité représente un facteur d'épanouissement nécessaire mais pas suffisant. »

Héritière des conquêtes de leurs aînées militantes, les Françaises font honneur à la pensée et l'action féministes qui ont rendu possible ce qui ne l'est toujours pas chez nos voisins : être mère et active à la fois, sans rien céder de ces deux activités importantes ( mais non obligatoires !) à l'accomplissement des femmes.

Cependant, force est de constater que des revendications extrémistes affleurent de toutes parts. D'un côté, un certain « intégrisme féministe » s'exprime à travers des théories diverses alors qu'une tendance réactionnaire s'impose avec les résurgences envahissantes de clichés attachés à la « bonne mère poule, allaitante et disponible en permanence pour sa progéniture ».

Eliminons d'emblée toutes les manifestations « old school » régressives et asservissantes et regardons plutôt les théories post-féministes dominantes.

Que valent-elles ? A mes yeux, mais cela ne concerne que mon jugement propre, elles ne sont pas non plus très convaincantes et se perdent dans des postures outrancières, douteuses et vaines…

Je ne peux, en effet, me résoudre à la radicalité d'une Judith Butler et de sa « queer theory » issue d'Act up, contestant toute norme sexuelle et abolissant toute frontière entre les catégories masculine et féminine. J'ai également du mal à envisager la pérennité de la pensée de Donna Haraway, chantre du « Manifeste cyborg » reprenant la proposition cinématographique du succès planétaire « Avatar » qui croit en l'avènement d'êtres hybrides mi-homme, mi-machine, homme-femme ou animal-chimère au sexe indéterminé…

Décidément, si le post-féminisme est un post-genre qui juge les catégories Homme/Femme dépassées, alors je ne suis pas post-féministe !

Je me rangerais bien plus volontiers dans les rangs d'une pensée pragmatique, tolérante et égalitariste prônée encore une fois par la philosophe Elisabeth Badinter qui, en son temps, s'attira les foudres des féministes pures et dures en leur disant qu'elles faisaient « fausse route »… En affirmant que les femmes ne sont pas des parangons de vertus et de douceur, en rappelant que les hommes ne détiennent pas le monopole de la brutalité et que bien des femmes se sont illustrées avec violence dans l'exercice du pouvoir, enfin en considérant avec nuance et discernement la place de chacun, elle réhabilite l'idée d'une alliance homme-femme plutôt que d'un combat et d'une incompatibilité intrinsèque. La lutte des femmes ne doit pas obligatoirement passer par une lutte contre les hommes !

« La différence des sexes est un fait, mais elle ne prédestine pas aux rôles et aux fonctions. Il n'y a pas une psychologie masculine et une psychologie féminine imperméables l'une à l'autre, ni deux identités sexuelles fixées dans le marbre. Une fois acquis le sentiment de son identité, chaque adulte fait ce qu'il veut ou ce qu'il peut. (…) Il est vrai que les stéréotypes de jadis, pudiquement appelés nos « repères », nous enfermaient mais nous rassuraient. Aujourd'hui, leur éclatement en trouble plus d'un. Bien des hommes y voient la raison de la chute de leur empire et le font payer aux femmes. Nombre d'entre elles sont tentées de répliquer par l'instauration d'un nouvel ordre moral qui suppose le rétablissement des frontières. C'est le piège où ne pas tomber sous peine d'y perdre notre liberté, de freiner la marche vers l'égalité et de renouer avec le séparatisme. » (Elisabeth Badinter, « Fausse Route »).

Ensemble pour mieux avancer… Louable projet mais est-ce un vœu pieux ou la réalité d'une société en marche vers un avenir différent et performant ? Seule l'entreprise, et plus particulièrement la prise en considération de ses postes directionnels et stratégiques peuvent nous aider à faire un état des lieux. Les femmes ont-elles réellement conquis leur place dans les sphères du pouvoir entrepreuneurial ?

Les femmes dans l'entreprise : un état des lieux ambivalent

Bastion traditionnellement masculin, le management semble s'être durablement ouvert à des femmes remarquables de compétence et de pugnacité. Anne Lauvergeon, PDG d'Areva (également administrateur de GDF Suez et Total), Laurence Parisot, Présidente du Medef (Michelin, BNP Paribas) ou encore la jeune Virginie Morgon (administratrice d'Accor, membre du Directoire d'Eurazzeo) sont là pour nous le prouver. Aujourd'hui, les femmes connaissent des parcours d'exception et prétendent aux mêmes responsabilités que les hommes. Mais sont-elles nombreuses ? Et surtout, sont-elles assez nombreuses pour représenter avec force et poids un versant féminin jusque là pratiquement invisible ?

C'est là que tout se gâte car les chiffres s'avèrent être consternants : si la parité politique a été votée par le gouvernement Jospin en son temps, seuls 10 % des postes d'administrateur des plus importantes entreprises françaises sont occupés par des femmes. Soit 47 femmes à siéger dans 35 conseils puisque 5 conseils du CAC 40 ne comptent aucune femme… Pas de quoi pavoiser d'autant que l'évolution se fait au compte-gouttes : la féminisation des conseils ne progresse que de 0,2 à 0,4 % par an….

Que faire ? Si l'on regarde chez nos voisins occidentaux, l'exemple norvégien s'impose. Seul pays doté de lois extrêmement radicales (les entreprises réfractaires aux quotas sont tout simplement dissoutes), le nombre d'administrateurs femmes dans les entreprises est passé de 7 % en 2003 à plus de 40 % aujourd'hui !

Le patronat, soucieux de servir la cause des femmes, a même organisé un programme de formation nommé « Female Future » destiné à préparer les postulantes aux quelques 900 postes d'administrateurs ouverts par la loi.

Le Canada s'est inspiré en 2006 de cette politique volontariste, l'Espagne déjà forte d'une parité politique se dirige vers une parité en entreprise et une quinzaine de pays européens, dont la France, étudient l'opportunité de voter une législation similaire.

Est-ce un bienfait ou devons-nous nous méfier des effets pervers des quotas quant à la légitimité des postes octroyés ? Reste qu'aujourd'hui, il est pratiquement impossible d'atteindre même 20 % d'administratrices en France car il est impératif d'avoir exercé des fonctions de direction générale pour être nommée…. Et c'est là que le bât blesse car si les entreprises comptent quelque 42 % de femmes cadres de nos jours, trop peu accèdent au sommet du top management. Notons que les Françaises n'ont eu le droit d'intégrer les grandes écoles (HEC, Sciences Po, Polytechnique etc.) que très tardivement au milieu des années 1970, ce qui n'a pas facilité leur introduction à des postes décisionnaires.

Pourtant la mixité du management est un enjeu majeur et l'apport féminin à l'entreprise est désormais scruté, analysé, quantifié et… valorisé !

Les femmes chevronnées doivent ainsi avoir un accès facilité aux postes qui leur reviennent de droit. A compétences égales, une femme n'est ni meilleure ni moins efficace qu'un homme, elle est une individualité à part entière qui ne devrait pas rencontrer autant de barrages dans sa carrière.

Est-ce sur une loi qu'il faut désormais tabler telle que Brigitte Grésy de l'Inspection générale des Affaires Sociales l'affirme en arguant que le milieu managérial est un club d'hommes organisé en système opaque régi par la seule cooptation ? Doit-on réfléchir à des leviers d'égalité pour enfin rétablir l'équilibre d'une balance trop lente à pencher vers les femmes ? Un fichier de femmes compétentes doit-il être constitué comme au Canada qui a initié ce système d'aide au recrutement des femmes? Ou bien doit-on encourager les associations du type de WCD (Women Corporate Directors, soit 575 femmes exerçant dans 730 conseils d'administration) dont une branche française devrait être créée afin d'œuvrer en faveur de la féminisation des conseils ?

Je ne saurais répondre d'une seule voix, sûre d'elle et par trop arrogante, à des questions stratégiques fondamentales telle que la nécessité d'une loi ou l'efficacité associative. Reste que je souhaite plus que tout que les femmes progressent et accèdent le plus naturellement et légitimement possible à des postes de pouvoir à la hauteur de leurs compétences.

Je suis cependant sceptique,et pour tout dire rétif, aux groupes excluant les hommes et aux lobbies féminins repliés sur eux-mêmes. La définition de la condition féminine au travail doit échapper aux caricatures. Le destin professionnel des femmes est aujourd'hui ancré dans un post-féminisme fécond mais qu'il convient d'ouvrir aux hommes pour que l'expérience soit entière, performante et ouverte vers l'avenir. Le séparatisme est une pente dangereuse et je ne crois pas qu'un certain angélisme décrétant que seules les femmes peuvent comprendre les femmes soit juste.

Les femmes doivent travailler avec les hommes, pas contre eux (et inversement). C'est, quoi qu'il en soit, un objectif personnel que je tente d'atteindre tous les jours et que je souhaite faire perdurer et prospérer.

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Principe de précaution, principe de paralysie ?

Le 21 avril 2010

Alors qu'une émanation mystérieuse et poussiéreuse parvient à bloquer le monde, un principe majeur, inscrit dans la Constitution française, dit de précaution semble s'imposer et justifier toutes les décisions gouvernementales. Infirmé, étayé, discuté, critiqué, ce principe de précaution, jugé souvent par certains bien trop« précautionneux », dévoile en fait un vaste champ d'interrogations.

Un volcan aujourd'hui, une grippe que l'on croyait meurtrière hier… L'énoncé de la loi de 1995 est on ne peut plus clair et précise bien que « l'absence de certitudes (…) ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable. Certes, mais qu'en est-il de la paralysie, voire de la pagaille engendrées par ces blocages intempestifs et vécus le plus souvent comme des mesures arbitraires…. De quoi réfléchir en profondeur à l'heure où l'Europe veut affronter le XXIe siècle avec succès et, pour ce, doit apprendre à réapprivoiser la notion de risque et, du manager au politique, inciter à prendre des responsabilités individuelles.

Vivre, agir, contiennent des risques. Jusqu'à quand peut-on éviter de les prendre ?

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L'Interdépendance, un préalable nécessaire...

Le 15 février 2010Les missions de conseil qui me sont confiées me donnent l'opportunité de rencontrer des dirigeants d'envergure et de talent ! Aujourd'hui, je souhaite vous faire part d'un concept qui m'est cher : l'interdépendance. Il m'a été confié par le Directeur Général d'un grand Groupe coopératif, client de Christian Pousset & Partners. Je profite de ce moment pour l'en remercier car j'ai l'intime conviction que l'interdépendance est un concept essentiel, fondateur et source d'avancées précieuses au sein du monde de l'entreprise. Base nécessaire et préalable incontournable, l'interdépendance est axée sur de nombreuses valeurs fondatrices : l'équité, la solidarité, la transparence, la co-création et surtout, distinguée parmi toutes, la confiance.

Mais comment définir cette fameuse interdépendance ? Quels sont ses tenants et ses aboutissants ?

Il faut, dans un premier temps, partir du postulat que la découverte de nos motivations profondes, de « la loi naturelle qui gouverne nos objectifs » est à la base de toute ascension.

La clé du succès résidant dans la concordance de nos actes avec ce principe.

L'échelle de la maturité

Il y a de nombreuses similitudes entre des personnes qui réussissent.

Ces « habitudes » sont à la convergence de la connaissance, du savoir-faire et du désir.

La connaissance = que faire, pourquoi ?

Le savoir-faire = comment faire ?

Le désir = vouloir faire

On peut ainsi distinguer une « échelle de la maturité » rythmée par sept habitudes qui forment un cadre global et conduisent le sujet de la dépendance vers l'indépendance, puis vers l'interdépendance. Ces trois étapes peuvent être listées comme des paradigmes :

La dépendance = paradigme du « vous »

« Vous prenez soin de moi, vous vous sacrifiez pour moi et si vous ne vous sacrifiez pas pour moi, je vous reprocherai le résultat »

L'indépendance = paradigme du « je »

« Je peux faire cela. Je suis responsable. Je suffis à mes besoins. Je peux choisir. »

L'interdépendance = paradigme du « nous »

« Nous pouvons faire cela, nous pouvons associer nos efforts, nos talents, nos capacités pour produire quelque chose de mieux »

La distinction s'opère ainsi entre les personnes dépendantes qui ont besoin d'autrui pour réaliser ce qu'elles veulent, les personnes indépendantes qui aboutissent par leurs propres efforts et, enfin, les personnes interdépendantes qui unissent leurs efforts à ceux des autres et atteignent ainsi de plus grands objectifs et succès.

La société aurait la fâcheuse tendance de porter aux nues l'indépendance en dépit de l'utilité incontournable de la communication, du travail d'équipe et de la coopération. L'interdépendance est souvent mal comprise et peu valorisée alors qu'elle sait utiliser le stade de l'indépendance comme une fondation vers une interaction constructive, source d'émancipation mature.

Etre interdépendant signifie que l'on dispose de capacités personnelles tout en sachant qu'elles ne suffisent pas sans partage et sans accéder aux vastes ressources potentielles qu'apportent les autres.

Un principe immuable de justice doit gouverner toute action durable et repose sur un point de départ fondamental : l'énoncé de mission personnel. Il s'enrichit avec le temps et l'expérience et doit évoluer avec notre propre évolution.

Une éthique appliquée à soi-même est possible autour de quatre axes :

Assurance, autodétermination, puissance et sagesse.

Elle s'appuie sur des valeurs universelles de travail personnel et de compréhension de soi ET des autres.

Chaque « habitude » est en réalité une étape nécessaire pour avancer et accéder aux étapes supérieures. Un premier temps regroupe des habitudes qui nous font acquérir des « victoires privées », tremplin vers « une victoire sociale ».

Les sept habitudes*

Les Victoires intérieures

De la dépendance vers l'indépendance

1- La pro-activité

Ou prise d'initiative face aux événements en opposition à la réactivité simple

(= passivité). Il s'agit d'agir en connaissance de cause et en bannissant l'apitoiement sur soi-même.

2- Savoir où l'on va

Ou s'orienter dès le départ. Afin de s'inscrire dans le long terme, il s'agit de se projeter et de « visualiser » ce que l'on désire accomplir. C'est à ce stade qu'intervient l'énoncé de mission personnel et la définition de l'axe de vie. Des énoncés de missions collective et familiale sont également souhaitables.

3- Donner la priorité aux priorités

Dès le début, il s'agit d'effectuer un travail de fond en accord avec nos projets à long terme. Il s'agit ainsi de classer les activités en termes d'urgence/non-urgence et d'important/non important.

Ces trois premières habitudes sont le préalable incontournable afin d'acquérir l'indépendance, la maîtrise de soi et la stabilité nécessaires avant d'accéder à la victoire publique et l'interdépendance.

Les victoires publiques

De l'indépendance vers l'interdépendance

4- Penser gagnant/gagnant

Les interactions doivent déboucher sur des bénéfices mutuels. Si c'est profitable aux deux parties, cela pérennise l'action à long terme. Gagner ensemble est noble et ne repose pas sur des dichotomies défectueuses : fort / faible, gagner / perdre etc….

5- Chercher d'abord à comprendre, ensuite à être compris

Une réelle empathie est nécessaire dans les échanges. Elle est la clé de toute relation constructive. Il faut savoir écouter, analyser et prendre en compte la réalité d'autrui avant d'émettre un avis ou un « diagnostic ».

Cette communication bidirectionnelle permet de s'ouvrir aux idées des autres.

Des entretiens réguliers peuvent ainsi favoriser un climat de communication véritable où un niveau élevé de compréhension mutuelle permet de trouver le juste milieu. Les différences ne sont plus des obstacles mais, au contraire, une source de synergie.

6- Profiter de la synergie

La synergie est l'essence même du leadership centré sur les principes. Elle est l'aboutissement de toutes les habitudes évoquées précédemment. Cela signifie que les rapports entre deux parties créent une troisième partie, plus puissante. Le Tout est supérieur aux parties. La réunion d'individus crée de nouvelles possibilités.

Le principe de synergie est juste et couronne toutes les habitudes précédentes. Elle est le summum d'une constructivité influente dans les situations d'interdépendance.

La septième habitude est une invitation à ré-envisager les six habitudes précédentes dans un exercice d'autocritique puis d'appréciation : LE RENOUVELLEMENT

7 – Aiguiser ses facultés

Il faut prendre le temps de réévaluer et d'analyser à nouveau ses actions en préservant et en renforçant sa propre personne envisagée sous 4 aspects :

  • physique (exercice, nutrition, gestion du stress)

  • mental ( lectures, visualisations, planification, écriture)

  • social-émotionnel (service, empathie, synergie, sécurité interne)

  • spirituel (système des valeurs, études et méditation)

Il faut ainsi « aiguiser » son aspect socio-émotionnel afin d'exercer les habitudes 4, 5 et 6 dans des situations d'interdépendance. Ce réflexe d'auto-éducation permet de progresser et de s'inscrire dans une « spirale ascendante ».

On l'aura compris, le principe d'interdépendance, au-delà d'être une lecture fine des rapports sociaux et privés, devient un véritable cadre de référence utile et pertinent. Source d'un véritable contrat de confiance avec l'ensemble des publics de l'entreprise, elle est la clé d'une progression harmonieuse et la base nécessaire pour envisager toute évolution.

Concernant tous les acteurs de l'entreprise, elle s'applique aussi bien aux rapports manager/collaborateurs, qu'aux liens qui unissent une entreprise avec ses clients ou ses fournisseurs. L'interdépendance est créatrice de valeurs, donc de performance.

Plus forts ensemble et en toute confiance !

* Tiré de l'ouvrage « Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu'ils entreprennent » de Stephen R. Covey, éditions First.

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ETHIQUE ET ENTREPRISE

Le 14 février 2010« Plus une entreprise paraîtra puissante, plus on la contestera par la manière dont elle met en œuvre la puissance qui est la sienne. C'est le champ des relations de pouvoir qui définit le champ éthique de l'entreprise. Et la réflexion sur l'éthique de l'entreprise porte sur la manière de l'exercer. » François Ewald (Philosophe, Professeur au CNAM, Conseiller à la Fédération française des Sociétés d'assurances, ancien conseiller du MEDEF)

Les années 1960-1970 ont été la période d'un « tout politique », les années 1990 furent celles d'un retour de la morale tant dans les milieux intellectuels que dans les débats sociaux. Je ne peux que le constater, la réflexion éthique est aujourd'hui plus que jamais d'actualité à la faveur de l'émergence de nouveaux enjeux tels que l'environnement, la bioéthique, l'humanitaire, etc.

Au cœur de ces engagements, l'entreprise occupe une place essentielle, fondatrice et difficile tant elle est en permanence sous le feu des projecteurs…

Entreprise responsable, entreprise « green », entreprise citoyenne, chartes éthiques, développement durable… Depuis quelques années, les incarnations de l'éthique entrepreneuriale se sont ainsi considérablement démultipliées. C'est dans cette optique qu'en novembre 2000 s'était déjà tenu à Evian le premier « Forum du Management responsable » qui réunissait des entreprises d'envergures comme Danone, L'Oréal, IBM, Suez, etc.

Quid de ce phénomène aujourd'hui : le souci d'éthique des entreprises va-t-il permettre au capitalisme de franchir une nouvelle étape ? La responsabilité est-elle l'avenir des entreprises ? Se soucier de formuler une éthique ne serait-il pas le nouveau moyen de créer du lien, de penser une organisation inédite ?

Fondements naturels, sociologiques et philosophiques et pratiques de l'éthique.

Comment fonder la morale ? Existe-t-il une morale universelle ? Qu'est-ce que la distinction entre le Bien et le Mal ?

Selon Charles Darwin, nos conditions morales s'enracinent dans des « bases naturelles de l'éthique » et dans des « instincts sociaux » déjà présents dans le monde animal. Entraide, soins parentaux, assistance aux blessés sont autant de comportements identifiés chez les animaux et qui prouveraient que nos règles de conduites humaines en sont les héritières. Mais l'homme va plus loin et, par son intelligence, a le pouvoir supérieur de réfléchir aux conséquences de ses actes et, par l'éducation, de transmettre ses fondements moraux. Telle serait l'origine de la conscience morale humaine.

Cependant, sans relais social, pas de véritable assise de la morale. La société doit prolonger nos instincts moraux et contrecarrer les comportements anti-sociaux. Nous entrons ici dans la dimension sociologique de la morale. Largement étudiées par des sociologues aussi incontournables qu'Auguste Compte, Emile Durkheim ou encore Max Weber, célèbre pour son analyse du système capitaliste à la lumière du protestantisme, les lois éthiques renvoient indiscutablement à la question sociale. Valeurs sacrées ou familiales, bien commun et souci d'efficacité sont des valeurs qui guident nos actions. Ces normes et ces raisons sont en permanence ajustées, évaluées, délibérées voire contestées afin d'être déclarées « justes et bonnes » par la majorité.

La philosophie moderne a, quant à elle, cherché à fonder la morale en excluant tout fondement extérieur (religion, mœurs, coutumes, pouvoir, normes etc.). La perspective kantienne a été de formuler une nouvelle morale universelle qui ne repose que sur les principes de la raison. Cet impératif catégorique est au-delà des croyances et des convictions de chacun : « Je dois me conduire de telle sorte que je puisse aussi vouloir que ma maxime devienne une loi universelle ».

A cette approche universaliste s'oppose cependant un courant pluraliste qui refuse tout système moral univoque et stigmatise les particularismes.

D'autres clivages philosophiques existent qui alimentent les débats autour de la philosophie morale : nihilisme, relativisme, etc.

Ainsi aujourd'hui, la question de l'éthique est-elle partout et touche presque toutes les composantes de la société. Que ce soit dans les domaines médicaux et bioéthiques, de l'économie ou de l'entreprise, la formulation de repères moraux s'impose. Ce recours à une éthique pratique est une demande récurrente des citoyens qui expriment là leurs interrogations quant à une société où les règles de conduite ne sont plus établies par la religion ou une idéologie. Perte de repères et désarroi des foules devant l'étendue des possibles...

Ethique et Entreprise

Samuel Mercier dans son ouvrage « L'éthique dans les entreprises » (Editions La Découverte 2004) analyse avec rigueur et clairvoyance la nécessité de formulation d'une éthique que les entreprises connaissent actuellement.

Selon lui, et je souscris à cette considération, un choix éthique s'impose lorsqu'il existe une liberté d'action. Cet espace de liberté est la zone précise dans laquelle se rejoignent la gestion entrepreneuriale et l'éthique. Lorsqu'une action menée librement a un impact positif ou négatif sur autrui, un problème éthique se pose et l'entreprise est éminemment concernée par cet engagement et cette responsabilité. Les décisions de l'entreprise obéissent donc à des références de valeurs.

Si l'on considère la déontologie comme « un ensemble de règles dont se dote une profession » (Isaac), alors « la morale, science du bien et du mal, permet de dégager une éthique qui est un art de diriger sa conduite, son comportement, qui s'exprime dans les principes guidant les aspects professionnels de ce comportement : la déontologie. » (Isaac).

Pourtant, parler d'éthique en matière de gestion est une hérésie pour certains qui considèrent que la loi du profit exclut toute interrogation éthique.

D'autres, dont je fais partie, pensent qu'il est incontournable et urgent de soumettre l'entreprise aux mêmes normes que les autres instances sociales. Même s'il peut exister des tensions entre l'Economie et le Social, on ne peut faire abstraction de cette notion de responsabilité qui interpelle toutes les entreprises aujourd'hui. Que ce soit avec ses partenaires internes ou externes, les entrepreneurs doivent justifier leurs actes en fonction de normes morales et de valeurs.

L'engagement des managers

Stratégique, la prise de position éthique d'une entreprise est le moyen d'affirmer son unicité et de créer un sentiment d'appartenance chez les salariés. La direction générale joue, dans ce sens, un rôle déterminant car elle produit le cadre de référence pour toutes les décisions prises et oriente l'action.

Les entreprises de grande taille sont plus particulièrement concernées par les questions d'éthique car leur cohésion est plus problématique que par le passé. Auparavant, la seule culture implicite d'une entreprise suffisait alors que la multiplication actuelle des collaborations devient impressionnante et rend complexe le sentiment d'unité générale.

Soumise aux pressions constantes des instances socio-politiques, l'entreprise doit faire la preuve de son honnêteté et de son engagement. La maîtrise de l'image externe est primordiale auprès des différents publics : actionnaires, finance, clients, fournisseurs, pouvoirs publics et enfin, le grand public.

Les managers décident, organisent et soutiennent donc la formalisation des règles éthiques. C'est-à-dire la mise par écrit des règles, des idéaux et des valeurs principielles de l'entreprise. C'est un document rédigé et de référence qui favorise les liens internes (salariés) et externes (actionnaires et investisseurs) jusqu'au grand public.

Le besoin d'une référence culturelle commune est un point essentiel de cette formalisation. Les valeurs et normes implicites d'un groupe ne suffisent plus aujourd'hui à garantir les fondations de l'identité entrepreneuriale. Il faut que les leaders créent un modèle de comportement, une règle du jeu qui s'imposera comme un outil de régulation interne et externe. Cette formalisation doit refléter et incarner le charisme du dirigeant.

Promouvoir l'image d'une entreprise par la formulation d'engagements autonomes est un moyen de prouver son souci d'éthique. Mais cela doit être accompagné d'une réelle stabilité interne, d'une visibilité au sein de l'entreprise.

L'éthique, aujourd'hui, passe aussi par une quête de rapports sociaux transparents et confiants avec les salariés dans laquelle les Ressources Humaines joue un rôle fondamental de « diffuseur ». Un contrat « psychologique » existe entre la direction et les collaborateurs qui garantit une relation scellée par le respect et l'écoute.

Les dimensions de la réflexion éthique dans l'entreprise

On peut distinguer dans cette analyse plusieurs axes de réflexion formant une typologie de la politique éthique formalisée.

La réflexion axiologique pose tout d'abord les valeurs centrales de l'entreprise : intégrité, honnêteté, équité, professionnalisme, respect, exemplarité, loyauté, solidarité et enfin, tout particulièrement, responsabilité.

La réflexion déontologique exprime des règles ainsi que la volonté de faire adhérer les collaborateurs à l'ensemble de ces normes édictées.

La réflexion téléologique cerne les intentions générales et les objectifs finaux (finalité de l'organisation) et la réflexion ontologique s'oriente sur la nature propre de l'entreprise (identité de l'organisation).

La réflexion psychologique est transversale et a pour but de réunir les différents acteurs de l'entreprise dans une atmosphère d'adhésion, et non de contrainte.

A la lumière de ces distinctions fines et de la compréhension de ce qu'est la formalisation éthique d'une entreprise, j'en arrive à la conclusion simple mais incontournable qu'aucune entreprise aujourd'hui ne peut faire l'économie d'une attitude éthique. Son image extérieure en dépend ainsi que sa cohésion interne.

Un projet commun doit être énoncé, jugé juste et positif par la majorité. Depuis longtemps, les entreprises américaines s'appuient sur des chartes éthiques fortes et rassembleuses auxquelles les salariés doivent adhérer s'ils veulent être partie prenante de l'entreprise. En France aussi aujourd'hui, je constate que l'énoncé de règles éthiques clairement rédigées et efficacement communiquées s'impose de plus en plus.

Loin d'être une manifestation opportuniste, l'éthique peut être un outil de cohésion et de régulation entrepreneuriale. Donc une source de progrès et de performance malgré les critiques qui s'élèvent et dénoncent l'outil éthique comme un subterfuge managérial.

Je crois, au contraire, que l'éthique peut être synonyme d'efficacité et de compétitivité car elle est l'expression concertée de la préférence, donc d'ordonnance et de gouvernance bien menée.

La réflexion éthique est là pour nous interroger sur la finalité d'une entreprise en ce sens qu'elle doit être considérée comme une communauté humaine et pas seulement comme une structure économique. La réflexion éthique intervient ainsi de façon concrète et pratique pour formuler de nouvelles méthodologies, une nouvelle façon de penser l'organisation du travail.

L'éthique doit rester une source de questionnement, un vaste débat sans cesse alimenté par les changements sociaux. C'est à ce prix dialectique, et non consensuel, que la question éthique garde à mes yeux toute sa valeur opérationnelle.

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Les attaques spéculatives, un danger pour la cohésion européenne

Le 13 février 2010

Comme un sentiment de malaise, une inquiétude réelle devant la situation actuelle de la Grèce, de l'Espagne, du Portugal ou de l'Italie. L'importance de la dette des états représente un risque systémique, qui pourrait être fatal au consensus européen. Spéculer sur la dette des états est, selon mon point de vue, la nouvelle version d'une guerre économique totale et globale.

Ne pas oublier que les hedge funds, sont ceux-là même qui ont fait vaciller le socle de nos certitudes et qui, aujourd'hui, se permettent de se retourner contre ceux qui les ont remis d'aplomb. Un effet boomerang qui renforce mon impression de vivre dans un monde certes interdépendant mais dont la stabilité n'est décidément qu'une illusion.

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Jean-Paul Chifflet

Nous sommes très heureux d'apprendre la nomination de Monsieur Jean-Paul Chifflet à la tête de CREDIT AGRICOLE SA et nous lui souhaitons une brillante réussite avec ce groupe qui nous est si cher.

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IDENTITÉ NATIONALE – L'OPINION D'UN QUÉBÉCOIS

Vaste sujet que celui de l'identité nationale, susceptible de déchaîner les passions tant sur la forme que sur le fond.

Sur la forme, d'abord, car selon le point de vue on traitera la question avec les pincettes du politiquement correct, afin d'éviter toute incartade du spectre de l'accusation de xénophobie, voire de racisme, ou, au contraire, en n'hésitant pas à insister sur les contrastes qui nous distinguent des autres.

Sur le fond, on l'aura compris, l'une et l'autre approche ne seront pas sans incidence sur le traitement du sujet. On sera français « en soi », per se, ou « par opposition aux autres », par la détermination de ce que l'on n'est pas.

On ne s'étonnera donc pas qu'un pareil sujet puisse donner lieu, au Québec comme ici, à de nombreux échanges.

On peut néanmoins sans doute affirmer que la question de l'identité québécoise a été tranchée assez nettement depuis les touts débuts de la colonisation anglaise, pour culminer à l'époque du célèbre « vive le Québec libre » du général De Gaulle.

Car l'écrasante prédominance anglo-saxonne – près de 350 millions d'anglophones ceinturant les 6,5 millions de québécois – a vite forcé ces derniers à opter pour la seconde approche : les québécois sont des français vivant en Amérique, par opposition aux anglophones qui les entourent.

Cette détermination de l'identité québécoise par opposition aux anglophones fut d'autant plus facile que le pouvoir britannique fut fort maladroit, après la conquête de 1759, dans sa gestion de la question nationale québécoise.

De nombreuses tentatives d'assimilation forcée, ou de négation du fait français en Amérique, eurent tôt fait de stimuler une puissante volonté de résistance à l'oppression que faisait vivre le colonisateur anglais aux natifs québécois.

La préservation de la langue et de la culture devint ainsi, très vite, le catalyseur de la nation.

D'autant plus que les québécois partageaient depuis le départ une seule et même langue, contrairement à la France, où nombre de langues se côtoyaient, du Breton à l'Occitan, en passant par le Savoyard et autres dialectes.

Bref, dès les origines, une forte cohésion se développa autour de l'idée que la langue et la culture françaises étaient le ciment de la nation québécoise.

La question aurait pu se compliquer singulièrement à compter de la seconde moitié du vingtième siècle, quand une importante immigration se mît à affluer. Toutefois, les immigrants n'eurent guère d'autre choix que de s'intégrer en tenant compte de cette dualité, cette opposition entre le fait français et le monde anglo-saxon.

De telle sorte que la plupart d'entre eux sont devenus, avec plus ou moins de succès, des citoyens québécois à part entière, qui parlent très généralement français, connaissent la spécificité québécoise et le culte que constitue, pour les québécois, la préservation de la langue et leur culture.

Difficile de comparer cet exemple à la situation qui prévaut en France. A l'égard de ses immigrants, c'est la France qui fut le colonisateur. Les fils et filles d'immigrés sont donc écartelés – et, malheureusement, souvent déchirés – entre leur volonté d'appartenir à la nation et une certaine rancune, à l'égard d'un Etat qui fut jadis l'occupant. Ce mélange est manifestement devenu, pour beaucoup d'entre eux, un dangereux détonateur d'incertitudes identitaires, les conduisant à des paradoxes d'amour et de haine qui se manifestent tour à tour.

Le passage du temps est sans doute l'un des éléments qui permettra de voir s'estomper leur dilemme. Mais ce ne sera pas suffisant.

On peut vivre et construire avec d'autres une nation sans perdre son identité culturelle. Les québécois et leurs voisins anglophones l'ont fait, ça s'appelle le Canada.

C'est une question de volonté. Volonté de vivre ensemble en se projetant dans le futur, plutôt que de se claquemurer dans le passé et la haine. Volonté de partager avec ses concitoyens une vision commune de l'Etat, volonté d'accepter que la diversité et les différences s'exprimeront dans le respect des libertés fondamentales dévolues à tous les citoyens, et qui constitueront un garde-fou nous protégeant de tous les extrémismes.

Les différences, selon le choix qu'on fait, peuvent être source de discordes autant que de communion et d'émancipation.

Qu'on me permette de terminer en citant le regretté chanteur québécois Sylvain Lelièvre 1:

On est toujours un peu l'Iroquois de quelqu'un

Que l'on soit Québécois, Breton, Nègre ou Cajun

Je vous laisse à chanter quel peut être le vôtre

On est toujours un peu l'Indigène d'un autre.

Par Denis BORGIA

1 Le chanteur indigène, 1978. Pour ceux qui voudraient pousser plus loin, nous suggérons les lectures suivantes : Mondialisation, citoyenneté et multiculturalisme, Québec, Les Presses de l'Université Laval, 2000, pp. 171-210; Gilles Bourque et Jules Duchastel, avec la collaboration de Victor Armony, L'identité fragmentée, Nation et citoyenneté dans les débats constitutionnels canadiens, 1941-1992, Montréal, Les Éditions Fides, 1996, 383 pp.
 ; Alain G. Gagnon, “Plaidoyer pour l'interculturalisme”, Revue Possibles, vol. 24, no 4, automne 2000, pp. 11-25. ; Danielle Juteau, “Les ambiguïtés de la citoyenneté au Québec”, texte d'une conférence prononcée dans le cadre du Programme d'Études sur le Québec de l'Université McGill, le 23 novembre 2000, collection « Les grandes conférences Desjardins », n° 97, 24 pp. ; Micheline Labelle et Daniel Salée, “La citoyenneté en question: l'État canadien face à l'immigration et à la diversité nationale et culturelle », Sociologie et sociétés, vol. 31, no 2, automne 1999, pp. 125-144, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal. ; Micheline Labelle, François Rocher et Guy Rocher, “Pluriethnicité, citoyenneté et intégration: de la souveraineté pour lever les obstacles et les ambiguïtés”, Cahiers de recherche sociologique, no 25, 1995, pp. 213 à 245, Montréal, Département de sociologie, UQAM ; Guy Rocher et Bruno Marcotte, Politiques linguistiques et identité nationale comparées au Québec et en Catalogne”, texte publié dans l'ouvrage sous la direction de Gérard Bouchard et Yvan Lamonde,La Nation dans tous ses états.Le Québec en comparaison, chapitre 12, pp. 251-267, Montréal-Paris, L'Harmattan, 1997, 350 pages ; Joseph-Yvon Thériault, “La citoyenneté: entre normativité et factualité », Sociologie et sociétés, vol. 31, no 2, automne 1999, pp. 5-13, Montréal, PUM ; Marc-Adélard Tremblay, L'identité québécoise en péril, Sainte-Foy, Les Éditions Saint-Yves, 1983, 287 pages.

Marc Oppenheim, Directeur Général de la banque de détail à l'international, Crédit Agricole SA

En novembre dernier, nous lui adressions sur ce même Blog toutes nos félicitations et nous réjoui...

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